| Le Christianisme au XXIe si?cle : Interview |
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| Written by Webmaster | |
| dimanche, 09 décembre 2001 | |
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Un ancien étudiant des facultés de théologie protestante d'Aix-en-Provence et de Montpellier se présente à l'élection présidentielle à Madagascar. Daniel Rajakoba n'est pas un nouveau venu dans l'arène politique. En effet, il a déjà occupé des fonctions ministérielles il y a 25 ans dans son pays, sous trois gouvernements successifs. Formateur, spécialiste de linguistique, il est venu en France en 1986 pour se former théologiquement afin de mieux exercer le ministère de prédication qu'il pratiquer depuis de longues années. De retour dans son pays, le pasteur Daniel Rajakoba a décidé de présenté sa candidature à l'élection présidentielle pour aider son pays à sortir de la crise, entretenue notamment par le climat de corruption qui règne sur l'île. Considéré par la presse de son pays comme un "sérieux" outsider, il est parti en campagne le 25 novembre. Celle-ci se terminera le 15 décembre. Pour l'emporter sur ses concurrents, le pasteur Rajakoba compte sur l'intercession des chrétiens, à Madagascar, en France et ailleurs dans le monde. Comment avez-vous ressenti l'appel pour vous présenter aux élections présidentielles ? Y a-t-il eu un signe particulier ?
Cette réflexion, la prière, le partage et l'échange avec plusieurs frères et amis responsables d'organisations ou d'associations chrétiennes, qui partagent cette vision ont été les éléments déterminants dans ma conviction et ma décision de me présenter à ces élections. Quels sont les besoins les plus pressants de votre pays pour lesquels vous pensez qu'un chrétien peut avoir un message plus percutant ? et lequel ? Comme je le répète assez souvent, le problème à Madagascar est fondamentalement humain. On dit que depuis les cinq dernières années, il y a une stabilité politique. La réalité est que par fatalisme et quelquefois malheureusement par résignation, la majorité de la population qui est touchée par la pauvreté ne se préoccupe plus que de sa survie au quotidien.. Malgré cela, je suis convaincu que la conscience morale des citoyens n'est pas pour autant éteinte. Je voudrais dire à mes compatriotes que la corruption n'est pas un mal nécessaire ; c'est un mal tout court. La première des priorités est la lutte contre l'extrême pauvreté qui touche la majorité du peuple et de briser le cercle vicieux qui fait de la pauvreté une cause et à la fois une conséquence de la corruption active et passive. Les valeurs essentielles sur lesquelles doit se baser cette action, sont l'amour (parfois appelée charité), la justice et l'honnêteté. Ces valeurs doivent être vécues à l'exemple du Christ qui "est venu non pour être servi, mais pour servir". C'est en ce sens que la crainte de l'Eternel qui caractérise les vrais disciples du Christ, constitue une garantie de réussite et aussi un garde fou contre toute velléité d'abus de pouvoir. Le marxisme a échoué à Madagascar. Le libéralisme à outrance n'a fait que creuser le fossé en appauvrissant davantage la population. Beaucoup de choix de systèmes économiques ont été faits en quarante ans d'indépendance, et on connaît les résultats. Ces choix étaient-ils forcément mauvais ? Ils ne l'étaient pas tous. Seulement "si l'Eternet ne bâtit la maison, ceux qui la bâtissent, bâtissent en vain". C'est pourquoi notre message est de proposer aux malgaches d'avancer et de travailler ensemble, pour que nous progressions ensemble, et dirigé par un président qui non seulement proclame sa foi, mais la vit au quotidien en faisant montre d'exemplarité. Lorsque j'étais professeur à l'Institut pédagogique d'Antananarivo, une phrase que nous répétions souvent à nos étudiants était celle-ci : "Tu n'enseignes pas ce que tu veux, tu n'enseignes pas ce que tu sais. Tu enseignes d'abord et surtout ce que tu ES". Cette campagne est-elle aussi pour vous l'occasion de prêcher l'Evangile ou au contraire, vous faites-vous discret sur vos convictions ? Une campagne présidentielle n'est pas une campagne d'évangélisation. Le fait que je sois un chrétien engagé dans la foi n'est pas un secret pour les Malgaches. Le plus important, je crois, est de se comporter d'une façon conforme à cette foi. Avant l'ouverture officielle de la campagne présidentielle, j'ai effectivement participé à une campagne d'Evangélisation dans toute l'Île et j'ai prêché dans différentes églises. Depuis le 26 novembre dernier, l'ouverture officielle de la campagne présidentielle a été proclamée : nous allons présenter aux Malgaches un projet de société qui est inspiré effectivement par des idéaux chrétiens et par les valeurs qui ne sont pas contraires à ces idéaux tels qu'une véritable société démocratique et un Etat encadré par le droit. Je voudrais insister sur le fait qu'il s'agit d'amener les citoyens à vivre librement dans le respect des lois pour permettre une vie sociale dans la paix et la sécurité. C'est dans ce cadre que doit s'exprimer le témoignage chrétien. Notre comportement est la meilleure épître que nous puissions écrire dans la société dans laquelle nous vivons : c'est cela être le sel de la terre et la lumière du monde (Mat.5 : 13-16) Si vous êtes élu quelle sera votre priorité ? Y Aura t' il d'autres chrétiens autour de vous dans le gouvernement ? Assurer aux Malgaches un travail qui est conforme à la dignité humaine en faisant jouer la solidarité nationale et internationale tout en inspirant l'esprit de service dans le mode de fonctionnement de l'Administration sera notre priorité. Vous savez, l'image de Dieu en nous se reflète dans notre capacité à transformer notre environnement par notre travail : c'est le mandat culturel de l'Homme (genèse 1 :28) et c'est un élément essentiel de sa dignité. J'ai été Ministre de la Fonction Publique, du Travail et des Lois sociales, et je ne peux accepter le fait que cette dignité du travailleur soit bafouée et sacrifiée sur l'autel de la compétitivité et de la maximisation du profit. Nous avons des zones franches à Madagascar dans lesquelles on fait fi du droit des travailleurs sous prétexte que l'on est dans une économie libérale. Avec mon équipe, nous avons défini sept principes pour un développement équilibré et douze préoccupations majeures pour une administration efficace. Les sept principes sont :
Les douze préoccupations majeures sont :
Quant à votre deuxième question, j'ai toujours encouragé tous ceux que je connais à acquérir les compétences les plus élevés qu'ils puissent atteindre et à les faire valoir dans un souci de témoignage pour notre Seigneur. Cependant, il faut bien comprendre que le seul qualificatif de chrétien ne confère pas une compétence donnée. Souvenez-vous que Moïse a pris un Madianite pour guide dans le désert (nombres 10 : 29-32). Donc il faut avoir du discernement dans le choix des collaborateurs et dans la manière de gouverner. Une vie de prière et la communion permanente avec le Seigneur est la démarche à suivre : Il a aussi promis de donner la sagesse à ceux qui le lui demandent ! Pendant le temps où vous avez quitté votre pays, après avoir exercé une responsabilité de ministre, avez-vous l'impression de n'être pas où il fallait, de devoir revenir en politique et dans votre pays ? On m'a souvent reproché de m'être absenté du pays pendant un certain temps. Beaucoup de nos dirigeants actuels ainsi que tous les candidats à la présente élection, ont poursuivi des études à l'étranger. C'était aussi mon cas, en faisant des études de théologie et en approfondissant mes connaissances en linguistique.. Ce n'est pas pour autant que je me sois désintéressé de mon pays :je faisais mon travail d'évangéliste essentiellement au sein de la communauté malgache en Europe (Eglise Protestante Malgache en France), et en Afrique. Ce travail, ce qu'il m'a apporté et les fruits qu'il a portés, m'ont confirmé que j'étais bien à ma place à ce moment là. Tout cela a contribué à ma préparation et à ma maturation pour ce projet dans lequel on ne peut se lancer avec légèreté. à Le fait de résider quelque temps à l'étranger permet de s'ouvrir à d'autres expériences et à d'autres horizons, et donne aussi le recul nécessaire pour comprendre la situation de Madagascar, situation que j'ai vécu au quotidien avant de me rendre en France, et que je vis depuis mon retour ici. . Je crois qu'il faut corriger une erreur que nous commettons souvent, et qui est de considérer que les malgaches résidant à l'étranger sont privés de leur citoyenneté. La loi électorale les prive en tout cas du droit de vote, ce que je me suis engagé à changer. Avec mon équipe, nous voudrions dire à tous les Malgaches que le développement du pays est l'affaire de tous, de ceux qui sont au pays et de la diaspora. |
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Une rétrospective sur mon parcours m'a fait constater que c'est un parcours qui m'a préparé, à cette charge et cette préparation est aujourd'hui arrivée à maturation (j'ai 61 ans). En effet, j'ai été préparé depuis ma formation initiale, à être un enseignant, un formateur, un éducateur : en tant que professeur de Malagasy, j'ai une bonne connaissance de la linguistique malagasy et de la culture et des valeurs véhiculées par la langue malagasy, en tant que pasteur, l'essentiel de mon action s'est toujours située au niveau de la formation, l'éducation et le conseil. Lorsque le Général Ramanantsoa m'avait confié le ministère du Travail et de la Fonction Publique en 1972, il s'agissait d'un portefeuille ministériel peu enviable, car la résolution du grave conflit social dont résultait la chute du gouvernement précédent était sous la tutelle de ce ministère. J'ai déjà eu l'occasion de témoigner de la fidélité et de l'aide effective de Dieu dans de la résolution de ce conflit et tout au long de mon mandat ministériel.