| Interview r?alis?e par MADAGASCAR MAGAZINE (N? Septembre 2001) |
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| jeudi, 13 septembre 2001 | |
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Madagascar Magazine : Quelles sont les différentes motivations qui vous ont poussé à vous porter candidat à la prochaine élection présidentielle ?Pasteur Daniel RAJAKOBA : Je suis Malgache. Je jouis pleinement de mes droits et devoirs civiques. Madagascar est dans la dérive. Malgré les efforts déployés par les différents responsables qui se sont succédés ces derniers temps pour le redresser, la situation s’empire, “le tunnel demeure sans issue ”. ![]() Daniel Rajakoba Pr D.R. : Savoir discerner et saisir le “kairos”, le temps favorable en grec, pour agir, voilà la sagesse. D’un côté, j’ai des aînés, éminents techniciens chacun dans son domaine (je parle de cette période allant de 1972 à maintenant). Ils ont travaillé et ont fait leurs preuves. J’ai dû les respecter. De l’autre côté, moi-même j’ai dû mûrir en âge, en connaissance et en sagesse pour prétendre à une si haute et délicate responsabilité. J’ai actuellement 60 ans révolus ; j’ai étudié, j’ai instruit beaucoup d’enfants de la Nation tant sur le plan intellectuel que spirituel, à Madagascar comme en dehors de Madagascar (France, Belgique, Côte d’Ivoire…). J’ai cru et j’ai parlé (toute la Grande Ile le sait depuis 1972) et, par la grâce de Dieu, je crois encore et je parle encore. Et maintenant, le temps normal et légal de la succession au pouvoir arrive. Je suis persuadé que maintenant, c’est mon “kairos”. M.M. : Concrètement, en quoi consistera votre programme politique et économique pour éradiquer la pauvreté, développer le pays et lutter contre la corruption ? Pr D.R. : Mon programme politique et économique pour le développement et le redressement du pays sera présenté et explicité au moment opportun, c’est-à-dire au cours de la campagne électorale. Cependant, je peux déjà en donner la philosophie. Notre problème est d’abord et essentiellement “humain”, avant d’être politique et économique. Cela va à l’encontre de l’analyse marxiste prônant que l’infrastructure économique l’emporte sur la superstructure. Il s’agit de “sauver” l’homme avant de “sauver les phénomènes ” ; il faut sauver l’Homme pour qu’il puisse “cultiver et garder son jardin” dans l’amour et le respect d’autrui. Dans cette perspective, les Malgaches, conscients de leur identité, pourront travailler, marcher et progresser ensemble (Isika Miara-Mandroso) en vue du bien- être commun. Autrement dit, il faut de l’Education et du Travail pour tous. M.M. : Vous avez déclaré récemment que le pays et son peuple ont besoin d’une éducation dans tous les sens du terme. Pouvez-vous nous expliquer ces propos, et de quelle manière allez-vous résoudre ce problème ? Pr D.R. : Certaines personnes ont déjà propagé leur crainte que j’imposerais le christianisme aux Malgaches. Voilà une mauvaise compréhension et du christianisme et du rôle de l’Etat. * D’abord le Christ n’a rien imposé aux hommes, bien que son autorité soit toute puissante dans le ciel et sur la terre ; mais Il invite, Il sollicite: “si quelqu’un veut venir après moi…” a-t-il dit. * Ensuite, le rôle du Président de la République n’est pas celui de l’Eglise, bien que les deux instances soient servantes de Dieu ensemble (Rom 13 : 4) pour la coexistence terrestre des deux Royaumes. Cependant, moi personnellement, je m’appuierai sur la force d’amour et de justice que me donne l’Esprit du Christ (force qui supplée à la faiblesse de la nature humaine) pour résister au mal et faire régner la justice, l’égalité et la paix au profit de tous les Malgaches, du centre ou de la côte de la Terre malgache sans acception de religion ou croyance, ni d’ethnie. Pour tout résumer, j’ai la conviction que dans ce genre de lutte contre la pauvreté, la corruption…, le Responsable numéro UN de la Nation aura à mettre en pratique ce que nous avons appris en “morale Professionnelle de l’Instituteur ” et exprimé selon ces termes : - “On n’enseigne pas ce que l’on veut, on n’enseigne pas ce que l’on sait, on enseigne ce que l’on est.” - “Fais en sorte que l’éducation que tu donnes atteigne pour chacun de tes élèves, le meilleur rendement possible. Et pour cela, ne te borne pas à y apporter ton savoir, ton savoir-faire, mais renforce l’action de ton éducation par l’exemple et le modèle constants de ta vie de citoyen et d’homme”. — M.M. : Vous avez aussi parlé “d’alternance qui doit se faire dans le cadre d’une véritable continuité du pouvoir”. C’est-à-dire ? Pr D.R. : L’alternance ? — C’est l’aspect pratique de la vraie démocratie : Madagascar n’a pas choisi la royauté ni l’empire. Mais il croit et respecte l’égalité de tous ses citoyens en accordant à chacun la dignité et la possibilité de détenir toutes les fonctions de l’Etat. — La continuité du Pouvoir ? — Madagascar n’appartient pas à son Président ni au parti de son Président. C’est une valeur inaltérable commune à toutes les générations malgaches et un sujet de leurs dévouements. Il s’ensuit que les régimes qui se sont succèdent au pouvoir doivent respecter la continuité des actions de développement pour lesquelles se justifie leur raison d’être. Il est malheureux de voir un régime en place déployant ses efforts pour détruire ou stopper les travaux de développement engagés par le régime précédent, uniquement dans le but de se faire un nom. Que les anciens et les nouveaux responsables ne se considèrent comme ennemis ! M.M. : Pour l’anecdote, votre conviction de vous présenter aux élections est-elle venue au moment où vous préparez un sermon (vous avez parlé d’une sorte “d’appel divin”) comme pour le Maire d’Antananarivo, Marc Ravalomanana, ou est-ce une décision mûre de longue date ? Pr D.R. : La formation théologique que j’ai reçue m’a appris à éviter toute promptitude à qualifier de “divin” tout se qui se presse dans la pensée ou dans le cœur de l’homme pécheur. Un appel divin doit être examiné au moins selon un double aspect : un aspect intérieur, secret, au fond du cœur de celui qui est appelé (vocatio arcana) et un aspect extérieur, manifeste, approuvé par l’Eglise ou la Communauté (vocatio externa) comme confirmation de la vocation intérieure. Il m’est donc difficile de dire d’emblée que c’est Dieu qui m’appelle, bien qu’il s’agisse ici d’une décision prise après mûre réflexion et beaucoup de prières. Cependant, en tant que chrétien convaincu, j’ai le privilège et le devoir de demander le conseil et l’accompagnement de Dieu dans toutes mes entreprises. De toute façon, devant Dieu, mon devoir suprême est d’être “Témoin de la vérité, de la justice et de l’amour du Christ”. M.M. : Au cas où vous arriveriez au pouvoir, ferez-vous appel à l’élite expatriée faisant partie de la diaspora pour essayer de développer plus vite le pays, ou continuerez-vous la politique de marginalisation de celle-ci ? Pr D.R. : J’ai déjà souligné que Madagascar est la Patrie de tous les Malgaches, une valeur inaltérable pour eux tous, où qu’ils habitent. Le redresser, le développer, le protéger c’est leur droit et leur devoir communs. M.M. : Pour terminer et afin d’éclairer nos lecteurs, qu’est-ce qui vous différencie réellement des autres candidats ? Pr D.R. : Il appartient essentiellement aux Malgaches, à tous ceux qui me connaissent et qui connaissent bien les autres candidats de répondre à cette question. — Mais ce que je peux dire, je le dis avec l’apôtre Paul, selon I Corinthiens 15 : 10 (avec une légère adaptation) : “par la grâce de Dieu, je suis ce que je suis ; et sa grâce envers moi n’a pas été vaine. Et lorsque je travaillerai plus qu’eux, ce ne sera pas moi toutefois, mais ce sera la grâce qui est avec moi”. Reproduit avec l'aimable autorisation de Madagascar Magazine (c) |
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