| De Sartre ? J?sus-Christ |
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| lundi, 13 août 2001 | |
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Est-il possible de donner toute la place à Jésus-Christ dans sa vie sans sacrifier sa carrière ? La foi n'est-elle pas un suicide intellectuel ? Daniel RAJAKOBA livre plus et mieux qu'une réponse de plus à ces questions fondamentales : il nous donne le témoignage de son expérience. Exemplaire, cet itinéraire l'est à plus d'un égard. Ceux qui connaissent Daniel RAJAKOBA savent qu'il n'est pas l'homme des demi-mesures ou des compromis! Ministre de la Fonction Publique et du Travail (1972-1975), Professeur de Linguistique à l'Ecole Normale Supérieure d'Antananarivo, père d'une famille de huit enfants, Prédicateur laïc ou Président de la Ligue pour la Lecture de la Bible de Madagascar, Daniel RAJAKOBA se donne partout sans réserve.
L'exigence qu'il s'impose dans sa vie publique est à la mesure de son zèle pour Jésus-Christ. Et ce n'est pas peu dire, car même ceux qui ne partagent pas ses opinions et le désignent comme un passionné de Jésus-Christ savent qu'il n'a jamais transigé avec sa conscience. Un disciple de SARTRE qui passe à Jésus-Christ, un ministre qui puise force et sagesse dans la prière, voilà qui ne se rencontre pas tous les jours. DECOUVERTES - Monsieur RAJAKOBA, vous êtes un malgachisant connu. Pouvez-vous tout d'abord nous dire ce qui vous a conduit à vous intéresser à ce domaine particulier des sciences humaines qu'est l'étude de la langue et de la civilisation malgaches ? D. RAJAKOBA - Mon domaine préféré était la philosophie; mais il n'y avait pas cette section à la Faculté de Lettres de l'Université de Madagascar, et je n'ai pas pu obtenir une bourse pour aller en France. J'ai dû choisir, en quelque sorte par résignation, la Lettre Malgache. A cette époque, cette étude consistait à préparer les certificats de Littérature malgache, de Grammaire et Philologie malgaches, de Littérature Française de Grammaire et Philologie française. Et j'ai pensé qu'une telle étude me permettrait de faire un peu de philosophie, d'autant plus qu'un des thèmes qui figuraient au programme de Littérature française était «Recherche d'un nouvel humanisme au XXe siècle ». Maintenant que je suis converti, je comprends que le Seigneur m'a conduit dans ce domaine en vue de me préparer à son service : la connaissance de la sagesse des ancêtres et la maîtrise de la langue malgache m'aident beaucoup dans la propagation de l'Evangile de Jésus-Christ dans mon pays.
D.R. - La philosophie existentialiste de J.P. Sartre avait façonné ma vie d'étudiant. Comme Sartre lui-même l'a dit, j'ai considéré l'existentialisme comme « un moyen sûr d'assurer mon existence ».
D.R. - Dans l'Etre et le Néant, Sartre distingue l'être-en-soi ou être des choses de l'être-pour-soi ou être de l'homme. L'être-en-soi coïncide avec lui-même, n'aspire à aucune valeur... : c'est l'être parfait, tel un morceau de bois ou un caillou... Tandis que l'être de l'homme ou l'être - pour - soi est déchirure d'être, un être à distance de soi, ne coïncidant jamais avec lui-même, toujours en quête de nouvelles valeurs : c'est l'être insatisfait, c'est l'être imparfait. Toutes les activités humaines sont des tentatives de combler cette déchirure ontologique, ce néant d'être; comme par définition cela est impossible, l'homme est voué à l'imperfection, à la conscience malheureuse. Aspirer à la perfection, ce serait nier sa condition d'homme pour aspirer au genre de vie des choses. C'est pour cette raison-là que la morale chrétienne rabaisse l'homme au rang de l'être-en-soi qui est parfait. Quelle est la morale de l'existentialisme sartrien ? Il ne faut pas faire preuve de mauvaise foi en fuyant la misère de sa condition pour se réfugier dans de «fausses valeurs » instituées par les autres, comme la religion par exemple. Il faut au contraire accepter et vivre sa condition d'homme : étant pure contingence et néant d'être, l'homme est totalement libre de choisir ses moyens d'exister. Il appartient à chacun de découvrir et d'assumer sa liberté pour bien vivre. Evidemment découvrir sa liberté conduit d'abord à la terreur, à la nausée; Roquentin, héros de La Nausée, tremble lorsqu'il voit les choses libérées des valeurs que les hommes leur ont attribuée. La meilleure solution à mon problème est celle que moi je choisis librement, sans référence aucune à des données de la société. Un homme qui se connaît comme étant un «néant d'être» ne doit pas s'inquiéter de son inquiétude, de son insatisfaction, de son manque de paix, de son malheur : c'est sa nature. Non pas par résignation, mais par authenticité, l'homme conscient de «l'être de son être» se réjouit d'avoir la conscience malheureuse pour ne pas être «chose ». Cette morale m'a été chère parce qu'elle m'a permis de faire ce qui m'a semblé bon, indépendamment des institutions humaines. Elle m'a paru comme étant la meilleure voie à suivre pour affirmer et confirmer ma personnalité et pour rester authentiquement digne de ma nature d'homme.
D.R. - Au cours des années 1969 et 1970 j'ai souffert d'une maladie que les médecins n'ont pas réellement pu détecter et les traitements que j'ai suivis n'ont pas eu d'efficacité. Quelquefois pour plaisanter, j'ai dit à ma femme : «Une telle maladie ne peut venir que du péché, car les médecins n'y peuvent rien ». Entre temps; un couple nouveau vint s'installer dans le même bâtiment que nous et se mit à me prêcher 1'Evangile en me proposant de beaux passages bibliques ou témoignages à lire, mais en vain. Pendant plus d'une année, ces deux époux ont consacré des nuits de prière pour moi. Une nuit, les ayant entendu pleurer dans leur prière, je dis à ma femme : «Peut-être ce monsieur a-t-il été un assassin; pourquoi gâche-t-il sa jeunesse à pleurer ainsi tous les soirs au lieu de dormir avec sa femme ? Au mois de juillet 1971, un ancien camarade de classe dont j'ai connu les faiblesses morales était de passage chez nos voisins chrétiens; il vint témoigner de Jésus dans ma chambre avec un rayonnement de joie qui m'a frappé. Et je dis au fond de moi-même: «Si celui-là a pu changer c'est qu'il y a une puissance extérieure qui a agi en lui. L'Evangile serait-il donc capable de faire quelque chose ». Avant de me quitter, ce camarade me remit le livre de Billy Graham intitulé Le Secret du Bonheur. «Lisez-le m'a-t-il dit; gardez-le pour vous si cela vous intéresse, et remettez-le à quelqu'un d'autre si cela ne vous intéresse pas». Un tournant décisif dans ma vie a commencé là.
D.R. - En vérité je n'ai lu que les chapitres I et II de ce livre. Le chapitre II qui est le commentaire de Mat. 5.3 m'a permis de voir la réalité : ce n'est pas Sartre qui a découvert la déchirure ontologique de l'homme mais c'est la Bible qui l'a soulignée avant lui : l'homme séparé de Dieu est désaxé, insatisfait de sa situation et demeurera néant d'être quelles que soient ses tentative Répondant par la simple contingence de l'homme, Sartre n'a pu expliquer l'origine de cette coupure ontologique humaine. Pourtant la Bible explique que par essence, l'homme ou la conscience humaine a été fait à l'image de Dieu; comme je l'ai lu alors : la conscience ne peut être pleinement satisfaite avant de le connaître en vérité, car Dieu seul peut répondre aux aspirations, aux désirs et aux besoins de l'âme». Sartre n'a pas trouvé la solution à la conscience malheureuse de l'homme, parce qu'il ignore la cause de ce malheur, ainsi il invite l'homme authentique à «se satisfaire de l'insatisfait». Dans son livre Billy Graham souligne que le « néant d'être» peut être «une plénitude d'être» en recevant les «richesses que Christ a données par sa mort et sa résurrection». Comme dans tout mot de Satan, il y a une part de vérité dans l'analyse de Sartre trouvant le malheur de l'homme en lui-même, mais il est resté à ce malheur qu'il ne peut quitter faute de connaître Dieu, Origine de toute chose. J'ai arrêté ma lecture au chapitre II pour me précipiter ensuite sans conditions sur la lecture et l'étude de la Bible. J'ai pris la décision de vivre ce que dit la Bible pour essayer de voir la réalité de Christ :je n'ai pas été déçu. Christ a commencé par faire disparaître ma maladie et à exaucer mes premières prières... Ainsi a commencé ma vie de disciple de Jésus-Christ.
D.R. - Ayant découvert la réalité de Christ en toutes choses, j'ai la ferme conviction qu'il est la solution de tous les problèmes humains, tant économiques que sociaux. Seule une société réconciliée avec Dieu par Jésus-Christ peut cohabiter dans la paix et jouir sainement des ressources de la terre mises à sa disposition
D.R. - Le gouvernement du Général Ramanantsoa dont j'ai fait partie s'est trouvé, en premier lieu, en face des troubles sociaux qui ont été les causes et les conséquences immédiates des grèves du mois de mai 1972; il lui a fallu d'abord rétablir l'ordre public pour que le pays se remette au travail. Comme Ministre de la Fonction Publique et du Travail, j'ai été personnellement plus concerné par le problème des grèves, ayant sous ma responsabilité les fonctionnaires et les travailleurs du secteur privé. Les syndicats ont réclamé la révision du statut général des fonctionnaires avec les grilles indiciaires, la révision du Code du travail et de la prévoyance sociale, la malgachisation des cadres souvent poussée jusqu'à la xénophobie, le changement de la structure générale de la société suivant l'optique marxiste etc... N'ayant aucune expérience politique et étant un nouveau converti je ne me suis appuyé que sur le Seigneur et sur lui seul pour affronter ces difficultés. Comment ? J'ai consacré une nuit hebdomadaire de veillée de prière avec trois autres frères pour exposer au Seigneur nos problèmes, lui demander d'aller au-devant de nous, convaincre les esprits à reconnaître la justice, et d'agir en nous lorsque nous sommes au milieu du peuple. Pour certains cas plus délicats, j'ai mis à part des nuits de prière, et quelquefois avec des jeûnes. Et j'ai constaté que le Seigneur ne m'a jamais trahi :j'ai vu ainsi les problèmes se résoudre suivant une entente cordiale sans avoir recours à la force. Les revendications syndicales intelligentes ont pu être satisfaites grâce à la collaboration des syndicalistes eux-mêmes après avoir étudié avec eux les réalités et les possibilités du pays.
Voilà un magnifique point de départ pour inviter les « avides de connaissance» à réfléchir sur cette question de Christ: «Que servirait-il à un homme de gagner le monde entier, s'il se perdait ou se ruinait lui-même ? » C'est le verset 25 de Luc 9 que j'ai toujours choisi pour parler de Jésus-Christ à mes élèves pendant les quelques dernières heures d'enseignement de fin d'année.
D. - Dans votre vie, Il y a de la place pour une activité intellectuelle intense, pour une vocation d'enseignant, pour une charge gouvernementale et pour un engagement de chrétien. Ose-t-on vous demander quelle place la famille occupe-t-elle dans vos préoccupations ? D.R. - Evidemment la famille est le premier terrain où doit rayonner l'amour que nous recevons de Christ. Ma femme a été très sage en exigeant que je consacre des moments fixes à la vie de famille : culte et petites promenades en famille. Actuellement père de huit enfants, je trouve toujours plus nécessaire d'accorder une part plus importante à la vie de famille. Cependant je demande toujours au Seigneur la sagesse de faire de ma famille un lieu d'épanouissement et jamais un obstacle à l'accomplissement de sa volonté.
Propos recueillis avec la collaboration d'Evelyne MAIRE |
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